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Apprendre à vivre avec la dépersonnalisation en brisant un tabou à la fois.

C’est la première fois que je mets sur papier le plus grand monstre dans ma tête. Je me sens comme lors de mon initiation au Super Manège à La Ronde. J’ai un peu la chienne. Il y a quelque temps, c’était la semaine de la santé mentale et des textes touchants sur la réalité d’individus courageux ont circulé sur les Internets.

Aujourd’hui, je suis Annie Nonyme car je veux faire connaître ma réalité, mais j’ai encore trop peur de l’effet bombe atomique du regard des gens sur mon être.

Depuis maintenant un an et demi, je souffre de dépersonnalisation. Ayoye, le grand mot! Dur coup pour ma peur intense de la folie.

Ça m’est arrivé un matin. Je me suis levée et j’avais l’impression d’être toujours endormie. Je sentais que mon corps n’était pas tout à fait mien. J’étais cachée tout au fond du terrier de ma tête. J’étais présente et consciente, mais j’avais l’impression que rien n’était réel. Raz-de-marée d’anxiété. Cet état ne s’est jamais vraiment estompé depuis.


Crédits : Henrietta Harris

Moi et mon angoisse constante de ne pas être réelle sommes allées consulter des spécialistes à l’hôpital dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom. Les psychiatres un peu blasés m’ont expliqué que je n’étais pas psychotique. J’ai compris que souffrir de dépersonnalisation, ce n’est pas être fou. C’est un symptôme possible des troubles anxieux, mes grands amis depuis la garderie. Comme il vivait des crises de panique constantes, mon cerveau a décidé de se déconnecter de mon corps. Un safe space pour mon coco, pour ne plus avoir mal. Selon eux, cette dissociation devrait se résorber lorsque j’aurai appris à gérer mes crises de panique.

Depuis, je ris, je travaille, j’écris, je vis. Par contre, j’ai toujours cette épée de Damoclès au-dessus de ma tête. Je ne me sens jamais complètement là. Très peu de gens savent ce que je vis. C’est trop freakant. J’ai peur de leur réaction.

C’est pour ça que j’avais envie de l’écrire. Parce que je sais que je ne suis pas la seule personne à vivre de la dissociation. Parce que les maladies mentales ne devraient pas être la lèpre du 21e siècle. Parce que fuck off les tabous.

Un jour, j’apprendrai. Gérer les bobos de mon adolescence. Mettre un Band-Aid permanent sur mon anxiété et me sentir à nouveau entière.

D’ici là, je devrai apprendre à ne plus avoir honte. La dépersonnalisation fait partie de moi et je dois l’accepter pour la vaincre.

Crédit : bignoknow/YouTube


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