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Articulation clinique : crises de dépersonnalisation et autostimulations affectives défensives

 Introduction


 

Après la crise de la relation mère-enfant des sept-huit mois de vie, le bébé développe, en parallèle, ses capacités sociales et ses capacités d’autonomie afin de moins dépendre de la présence de sa mère.

 

 

Les capacités d’autonomie créeront notamment un équilibre réussi entre :

  • la construction d’une identité par l’extérieur,
  • celle d’un sentiment unitaire affectif intérieur.

C’est une des oscillations psychiques essentielles au sentiment de « soi ».

L’identité extérieure, montrable : c’est celle de l’affirmation d’un « moi » propre, d’une personne séparée et intégrale et qui a plaisir à cette posture. Il y a autonomisation d’une personne qui ne se résume plus à être un des membres de la dyade mère-enfant. C’est un peu comme un look personnel que l’on se crée pour affirmer une individualité. On donne à voir une image repérable et distinctive de soi. L’enfant se donne un genre à lui. C’est, au niveau de l’action, différent et complémentaire de la construction d’un « moi discret », qui ne dépend pas, lui, de l’extérieur pour pouvoir s’affirmer (comme dans le plaisir de se cacher).

Le sentiment unitaire intérieur : c’est celui d’un ressenti qui unifie toutes les parties du corps par une même tonalité émotive interne. L’enfant va constituer un être autonome car il aura un ressenti propre à lui. Il sera capable de s’émouvoir de lui-même, ce qui crée un sentiment d’unité corporelle particulier, une image stable en soi de soi-même. Nous appellerons « affect » cette stabilité émotionnelle pour réserver le terme « émotion » aux réactions plus brèves. Notons juste que construire un pôle affectif, c’est différent de l’unité cognitive où l’on crée, par l’extérieur, une enveloppe pour se loger dedans.

Le rôle de l’affect est aussi crucial, psychiquement, que les fonctions cognitives du corps. Ces deux fonctions, affectives et cognitives, sont des fonctions inhibitrices distinctes car de mécanisme différent, utilisant les deux manières possibles de constituer une image :

  • par une même unité immédiate d’éléments internes semblables pour l’affect,
  • par un cadre enveloppant, un même sac, pour la cognition qui a l’avantage, elle, de pouvoir réunir des éléments corporels disparates mais au prix d’une construction spéculaire, réflexive.

 

 

L’équilibre psychique oscillatoire, homéostatique, se construit entre, d’une part, l’affirmation ternaire de soi dans le genre que l’on se donne et, d’autre part, l’émotion duelle interne continue : l’affect ; cet équilibre peut se retrouver perturbé en clinique. L’une ou l’autre de ces constructions imaginaires peut défaillir et resurgir par après dans un symptôme douloureux, par effet de retour du refoulé. Celui-ci va se produire par contingence accidentelle. Cela peut se produire aussi par le fonctionnement d’ensemble du psychisme qui tend à vouloir continuer de fonctionner de façon oscillatoire pour assurer un certain plaisir de vie, même si c’est au prix du symptôme et de sa douleur.

Nous allons montrer la logique de cette clinique qui peut se rencontrer à toutes les époques de la vie, bien après la petite enfance :

  • soit que la structure psychique reste insuffisamment développée ( trouble du développement),
  • soit qu’une régression ramène la personne à ces niveaux narcissiques de développement.

Pour lutter contre les symptômes et leur pénibilité, des efforts d’adaptation pathologiques (moyens de défense) vont pouvoir apparaître que nous allons décrire en même temps afin d’améliorer l’intelligibilité de l’ensemble. Le plaisir localisé de fonctionnement d’un pôle va, alors, être préféré à la jouissance d’ensemble dans l’espoir de contrôler l’émergence du symptôme.

 

Symptômes / Moyens de défense

 

L’un ou l’autre des pôles de l’oscillation peut être défaillant et donner lieu à la production de symptômes. Ici, nous aborderons le cas où c’est la construction du « moi » qui est en question et qui va ressurgir dans des symptômes de dépersonnalisation. En contrecoup, le pôle contraire, celui de l’affect, va être renforcé comme moyen de défense contre le surgissement possible du symptôme.

 

Crises de dépersonnalisation / autostimulations affectives défensives

 

 


 1/ Les crises de dépersonnalisation :


 

Comme symptômes, les crises de dépersonnalisation sont très fréquentes en clinique et pourtant peu reconnues en pratique, faute d’articulation correcte. Or, si nous considérons la construction de l’autonomie comme affirmation de soi dans la construction d’une personne, d’un « moi » personnel et capable d’autonomie, on comprendra plus facilement que tout symptôme à ce niveau prendra l’aspect d’un « hors de soi », par une projection de cette personne dans un malaise extérieur.

En clair, après une période de difficulté de construction de ce pôle psychique ou d’affaiblissement de cette affirmation de soi et de perte d’autonomie à ce niveau, quelqu’un voit une impression très désagréable survenir sans qu’il le veuille ; c’est le retour du refoulé sous cette forme du resurgissement de son image personnelle unitaire. Elle est comme si elle était étrangère à lui et pourtant elle le concerne et s’impose à lui dans cette souffrance même. En même temps, il perd ses repères propres : « je suis perdu(e) », nous dit-il en substance. Cette phrase, ou une analogue, est très souvent utilisée pour qualifier cette situation.

 

 

Selon ce qu’il y a de central pour ce quelqu’un dans la construction de son autonomie, cette « personne », étrange et pourtant le concernant directement, va pouvoir être très diverse ; l’étrangeté de la dépersonnalisation est souvent mieux rendue par des dessins, notamment chez les enfants, que par des paroles. Dessins ou paroles conjoignent le manque de cette limite corporelle, le manque de ce look individuel que constitue le moi pour le corps, avec l’étrangeté de la projection de cette unité au dehors. Un dessin montre, ainsi, un regard halluciné, hypnotique et effrayant, qui transperce un corps, entièrement morcelé et épars.

Ce manque d’unité corporelle s’affirmant par un genre externe, peut s’exprimer par des impressions de trous corporel ( manque de cœur, de tête, de ventre, de jambes etc. ), qui sont des symptômes sidérants le clinicien naïf. Celui-ci va conclure à un délire insensé au lieu d’écouter la description clinique qui lui est relatée.

Ou, si cela concerne le corps tout entier, on aura une impression plus globale d’un manque d’énergie total avec des crises d’épuisement accompagnées d’un malaise douloureux généralisé difficilement exprimable. Il s’agira de douleurs générales externes insupportables ou d’impression de brûlures externes enveloppantes qui montrent l’extériorité symptomatique de l’unité corporelle. C’est souvent décrit dans le syndrome de fatigue chronique et fibromyalgie, tableau clinique qui n’arrive pas réellement à faire reconnaître son authenticité comme si le « hors de soi » n’arrivait pas à être reconnu !

La surmédicalisation des personnes souffrant de dépersonnalisation, est souvent très prolongée, à la recherche d’une improbable affection neurologique ou rhumatismale, avant un rejet complet et une détestation du « psy » enfin reconnu par les professionnels [1]. Mais les patients, eux, essaient souvent de se faire reconnaître comme souffrants authentiques par les professionnels de santé, dans une escalade dommageable, en refusant l’étiquette « psy » vécue comme un lâchage et un abandon [2].

 

 

Le symptôme de dépersonnalisation a nourri, à travers les siècles, les descriptions de possession, d’ensorcellement et de transformation corporelle. Jean Etienne Esquirol raconte ( extrait de son article de 1811 intitulé « De la démonomanie ») : « ( Ils ) croient au sort ; ils se persuadent qu’on leur a jeté un sort qui cause toutes les douleurs qu’ils souffrent, qu’ils sont un objet d’horreur et qu’ils doivent s’éloigner du monde ; ce malheureux travers d’esprit se montre dans les campagnes. Nous avons à Charenton un jeune homme… qui a le dracq dans le ventre. Le dracq ou sort se porte quelquefois à la tête, le torture de mille manières pendant le jour, surtout pendant la nuit, il lui parle, et le menace. Si je demande à ce malheureux ce que c’est que le dracq, « ah, je n’en sais rien, répond-il, mais c’est un sort qu’on m’a jeté ; j’ai tout fait pour m’en délivrer et personne n’en peut venir à bout. » D’autres Iypémaniaques sont convaincus qu’ils n’ont point de tête, qu’ils ont une tête de verre, d’oiseau qu’une énorme excroissance pend de leur nez, que leur corps est de beurre, leurs jambes de cire ou de verre et faut-il reparler aussi de cette singulière perversion qui persuade à une demoiselle que nous avons à Charenton qu’elle n’a plus de corps, qui va sans cesse comme une personne égarée à la recherche de son corps ; elle nous le demande pendant la visite, et répète sans cesse : « je n’ai plus de corps, que vais-je devenir ! rendez-moi mon corps. » »

 

 

Il a été remarqué, justement, en clinique traditionnelle, le caractère peu émotif des personnes en proie à un symptôme de dépersonnalisation et qui sont obligées de réflechir de façon exagérément « cognitive ». C’est que le surgissement symptomatique du symptôme de dépersonnalisation se fait au détriment de l’autre pôle psychique, en équilibre avec lui, celui de l’émotion. Il y a donc grande difficulté à ressentir ses émotions pour celui qui est pris, ainsi, dans le hors de soi. Ce pôle émotif va pouvoir, toutefois, faire l’objet d’un investissement secondaire, par adaptation pathologique en quelque sorte, c’est à dire fonctionner comme moyen de défense contre le symptôme de dépersonnalisation, pour l’empêcher d’apparaître. C’est ce mode de défense que nous allons aborder, maintenant, sous ses différents aspects : les auto stimulations affectives défensives. Nous parlerons d’affect pour caractériser le « trait » émotif qui perd sa mouvance habituelle et réactionnelle pour devenir un ressenti de fond exclusif.

Les descriptions qui vont suivre, ont une grande importance et une grande fréquence en clinique par les souffrances inouïes qui y sont liées et qui sont bien repérées. Nous espérons, surtout, que leur articulation logique en permettra mieux l’approche, la détermination des moyens thérapeutiques adéquats à leur résolution et renouvellera l’intérêt que la communauté scientifique peut y apporter.

 


 2/ Les moyens de défense contre la dépersonnalisation : les auto stimulations affectives défensives


 

Renforcer l’autre pôle du psychisme en équilibre avec la construction du moi, dans le développement de l’autonomie individuelle, va être, en effet, un moyen de lutter contre les risques de surgissement de l’affreux symptôme de dépersonnalisation.

Cet autre pôle est donc celui qui unifie et isole, en un ensemble, les parties corporelles par une même tonalité interne : celle des émotions. Mais comment arriver à se créer de telles sensations internes ? Il faut que ces sensations soient bien « émotives », en rapport avec la stupeur, la joie, la peur, la colère, la cupabilité, la tristesse propre etc. Et, il faut que ça soit des émotions « fortes » et même très fortes, qui créent une fixation suffisante pour bloquer l’oscillation psychique et empêcher le retour du symptôme. L’affect est donc une fixation du caractère trop mouvant de l’émotion normale.

L’anorexie « mentale »

Citons d’abord le moyen de la restriction alimentaire à un niveau qui fasse vraiment « peur », c’est à dire qui pousse l’individu à la limite de la mort, par inanition. C’est le domaine de « l’anorexie mentale » où l’anorexique exprime sa crainte de la dépersonnalisation sous la forme du malaise insupportable de « grossir », de sentir son corps gonfler et s’affirmer étrangement. Plutôt la peur de la mort que de grossir ainsi et la mort n’hésite pas à venir souvent au rendez-vous où on la convoque. Etre au bord de l’évanouissement par inanition, utiliser vomitifs et laxatifs si nécessaire, devient ainsi une adaptation pathologique redoutablement efficace avec un risque vital important. Mais, on ne comprendra pas le côté défensif radical de cette position psychique si on ne comprend pas l’horreur du symptôme de dépersonnalisation, ici sous la forme de sentir son corps gonfler inexplicablement, étrangement, malgré soi. Renforcer le plaisir de maigrir, pour éviter de souffrir du symptôme [3].

 

 

Les addictions

Bien d’autre moyens comportementaux sont utilisables. Des plus fréquents, sont les addictions ( au tabac, à l’alcool, aux drogues…). Ces addictions par ingestion de produits chimiques aboutissent à la manipulation des centres cérébraux impliqués dans la régulation des émotions, généralement par la stimulation de ce neuromédiateur inter-synaptique qu’est la dopamine cérébrale, pour obtenir une ivresse sub-expansive. Mais vient vite l’émoussement de la réponse émotionnelle d’apaisement ou d’estompage de la joie artificielle avec la répétition des prises, nécessitant une escalade des moyens utilisés, ce qui en montre rapidement les limites et les inconvénients majeurs de leur toxicité. Là aussi, la mort est bien trop souvent au rendez-vous.

La boulimie et l’anorexie-boulimie

La boulimie est un comportement à cheval sur l’anorexie et l’addiction à produits chimiques, puisqu’elle utilise la nourriture pour les effets hormonaux corporel d’apaisement, jusqu’à en être assommé, que l’ingestion répétée d’aliments peut provoquer par des hormones calmantes sécrétées par le tube digestif. Elle est associée souvent à des vomissements ou des purges provoqués, en raison du risque de « grossissement » que cela pourrait produire. Des périodes d’anorexie et de boulimie peuvent se succéder, parfois d’un jour à l’autre. On se retrouve, alors avec le mode de défense de « l’anorexie-boulimie », qui n’est paradoxal qu’à première vue, si l’on n’en comprend pas la logique qui est d’être incapable de la moindre action d’affirmation de soi et de ne pas risquer de retour, par là, du refoulé dans la crise de dépersonnalisation.

 

 

Le jeu pathologique et la dépendance affective

Bien connu aussi et tout aussi calamiteux, le jeu pathologique est rattaché aux addictions par cette nécessité de création d’une émotion intense de peur de perdre et de joie de gagner éventuellement et cela, sans fin, jusqu’à la ruine. Il s’agit bien, là aussi, d’une « auto stimulation affective défensive » à laquelle tient le joueur par dessus tout, attaché qu’il est à sa peur et à sa tristesse de perdre, tout en prétextant attendre l’hyper-émotion de gagner et de pouvoir utiliser la joie extrême à ces fins.

Très proche du jeu pathologique est l’addiction à la dépendance affective d’un autre : on espère de toutes ses forces avoir « tiré le bon numéro », jusqu’à la ruine affective par trop d’attachement envers quelqu’un de forcément décevant, vu l’intensité amoureuse démesurée qu’il devrait être capable d’apporter.

Les conduites et comportements à risque

Par contre, complètement occultée ou presque, la conduite automobile dangereuse est à rattacher souvent à de telles adaptations pathologiques et on ne peut que déplorer, vu les dégâts incroyables que cette addiction à la peur provoque actuellement, qu’un effort particulier de recherche ne soit pas développé à ce niveau. On parle des comportements à risque des adolescents, luttant par là contre leurs impressions de dépersonnalisation dans tous les domaines possibles, mais on voit bien que ce genre de comportement déborde largement l’adolescence, notamment sur la route. Les comportements à risque ne sont, bien sûr, pas à banaliser puisqu’il sont des adaptations pathologiques au symptôme de dépersonnalisation non réservées aux transformations corporelles de l’adolescence.

La mélancolie

Plus sombre encore est l’addiction à l’émotion de tristesse de la mélancolie. La mélancolie sera comprise, ici, non pas comme une crise dépressive réactionnelle, c’est à dire comme un symptôme émotionnel qui survient malgré la volonté d’une personne, mais comme la recherche d’un éprouvé triste de fond, la recherche du plus noir dans l’existence et la sélection passionnée de ce qui peut renforcer une seule émotion valable et totale, celle de la tristesse la plus complète.

Il s’agit toujours de lutter contre le risque de dépersonnalisation qui surgit, parfois, dans un sentiment de perdition affreux ou comme une absence radicale de corps propre et qui n’est contrôlable que par un surcroît de passion triste. Esquirol disait déjà en 1838 : « Il est impossible d’imaginer toute la force, toute la subtilité de leurs raisonnements pour justifier leurs préventions, leurs inquiétudes, leurs craintes : rarement parvient-on à les convaincre, jamais on ne les persuade : j’entends bien ce que vous me dites, me disait un mélancolique, vous avez raison, mais je ne puis vous croire ».

Souvent associées à la tristesse, comme émotions exagérées, nous avons la culpablité et la honte, qui renforcent cette tristesse jusqu’au désespoir, en fournissant à la personne des « raisons » évidentes, pour elle, de désespérer.

Les états expansifs et hargneux

Dans ces états, un changement de stratégie peut se remarquer sous la forme de passage à la passion joyeuse ou à la colère, celle d’un état expansif où le hors de soi prend un aspect désordonné et éclaté, accompagné d’une émotion exagérément joyeuse, que l’on qualifie encore souvent du terme ancien de « manie », ou très hargneuse, d’une grande indignation colérique, contrastant avec la grande inhibition d’action du moyen de défense triste auparavant. Ce n’est que tentative désespérée de contrôler la dépersonnalisation par une autre manière. Toutefois, la passion joyeuse, ainsi que la passion colérique, peut être utilisée d’emblée et uniquement comme moyen défensif par une personne, à condition de pouvoir prendre une ampleur suffisante. C’est comme pour l’anorexie-boulimie.

Les états affectifs « mixtes »

Comme pour les mélanges d’anorexie et de boulimie, on peut voir des « troubles de l’humeur » mélangeant, de façon diverse, des aspects mélancoliques et d’autres expansifs pour créer ce qu’on appelle des « états mixtes » ( sous entendu affectifs ).

Remarquons que pour ces états, les classifications pragmatiques, comme le DSM IV, s’efforcent de séparer :

  • troubles bipolaires I et II
    • la forme bipolaire I associant des accès maniaques et mélancoliques francs ou des accès maniaques isolés ,
    • la forme bipolaire II associant des épisodes mélancoliques et des accès maniaques plus atténués
  • forme unipolaire présentant seulement des épisodes dépressifs qui peuvent être secondairement modifiés en forme bipolaire II voire I

Cette classification permettrait à la recherche de causes génétiques de mieux se faire ; or, le problème reste entier dans ces classifications de la non distinction de la mélancolie, ou des états expansifs, d’avec les dépressions et les hyperémotivités symptomatiques, d’où les difficultés prévisibles de leurs études et des résultats y afférent !

En se servant de l’étymologie des mots, nous réservons le terme d’émotion ( latin ex-movere ) aux symptômes émotifs se mouvant ainsi soudainement, tandis que dans les tableaux cliniques présentés ici, il s’agit de passions affectives défensives de fond où l’on peut spécialiser le terme d’affect.

 

 

Les ruminations suicidaires

L’association de la peur et de la tristesse, peut conduire à des ruminations suicidaires sans fin, la personne se localisant toujours plus au bord de la mort. Elle va souvent, là aussi, aux extrêmes limites où la tentative de suicide n’est plus rattrapable et où le suicide devient accompli. Mais, ces ruminations suicidaires ne viennent pas toujours dans un tableau d’affect triste, que l’on appelle mélancolique. Cela peut aussi bien survenir chez les personnes présentant, entre autres, un affect de peur intense au long cours et qui deviennent si nombreuses aujourd’hui.

Pourquoi y a t’il quand même suicide, si le moyen de défense, c’est d’éprouver l’émotion de l’évocation de la mort et de sa propre mort ? C’est qu’un événement interne, ou surtout externe, vient menacer au maximum la situation défensive en question. Il faut l’éprouver à la lettre de la mort pour continuer à faire fonctionner ce moyen de défense. Le suicidaire, dans ce cas, est celui qui se résigne à une telle mesure conservatoire. Il fait s’écrouler la maison pour l’empêcher de brûler. Mais il s’arrange généralement pour que l’on agisse à sa place, plutôt que d’agir lui-même : il se couchera sur la voie ferrée pour que le train l’écrase, plutôt que de se jeter directement sous un train , il se laissera mourir de faim, plutôt que de se pendre. C’est que l’affirmation de soi manque justement dans une telle fixation à l’affect. Le suicide de l’affectif est un suicide « passif » en quelque sorte cherchant une assistance pour y arriver (lire à ce sujet le document clinique : aspect dyadique du suicide « assisté » ). Les associations pro-euthanasie sont instrumentalisées pour ces fins sinistres.

 


 En conclusion :


 

En conclusion, notons que ces moyens de défense, comme adaptations pathologiques au risque de surgissement du symptôme de dépersonnalisation, ne sont pas toujours très efficaces. Le symptôme va souvent réapparaître quand même, signe de gravité et de déstructuration de la personne. Mais la radicalisation vers la mort peut tout aussi bien persister et finir par gagner. La réapparition de la dépersonnalisation, comme du sentiment d’étrangeté, n’est donc pas du tout un signe d’amélioration en ce cas…


Popularité : 33248 lecteurs au 04/01/2015


[1Les classifications internationales tiennent toutefois à l’explication « somatique » pour ces affections : la CIM-10 reconnaît le Syndrome de Fatigue Chronique sous le nom de Syndrome de Fatigue Post-Virale et d’Encéphalomyélite Myalgique Bénigne, classé dans la catégorie « Maladies du système nerveux / Autres affections du système nerveux / Autres affections du cerveau / », sous la numérotation G93.3. Quant à la Fibromyalgie, elle est classée comme rhumatisme dans la catégorie Maladies du système ostéo-articulaire, des muscles et du tissu conjonctif / Affections des tissus mous / « , sous la numérotation M79.0. Des associations dynamiques essaient toujours de faire avancer la recherche à ce niveau : voir par exemple le site de L’Association Française du Syndrome de Fatigue Chronique et de fibromyalgie CFS/SPID.

[2Note de juillet 2007 : Un bon article de synthèse existe au sujet de la fibromyalgie sur le site de la Société Française de Rhumatologie

[3C’est à ce propos que l’on peut soupçonner l’influence de certaines flores bactériennes intestinales, qui accentuent l’envie d’anorexie par un message hormonal de satiété pathologique.


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