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Dépersonnalisation/déréalisation : l’histoire d’une guérison

J’ai 16 ans et j’ai souffert de DÉRÉALISATION durant 8 MOIS (ça m’arrive encore quelquefois, mais très faiblement).

Je m’explique. J’ai fumé deux joints, probablement d’un mauvais stock et j’ai fait mon DEUXIÈME badtrip de ma vie. Mais contrairement à l’autre, il a duré… 8 mois. C’est sûr que ce n’était plus les sensations du joint qui me possédaient, mais le rêve était pénible et constant. Je ne pouvais plus me concentrer sur quoi que se soit. Cette pensée d’irréalité me hantait. Je cherchais désespérément et continuellement des preuves de réalité, car j’étais persuadé que je vivais dans mon rêve et que je ne réussissais pas à me réveiller. Après un certain temps, je ne réussissais même plus à différencier ce que je vivais la nuit (dans mes rêves) de ce que je vivais durant le jour (ma réalité).

Je faisais au minimum une attaque de panique par jour. J’ai développé un trouble de stress post-traumatique (dû au badtrip). Je faisais des rêves dans lesquels je revivais mon badtrip. Je souffrais d’anxiété généralisée (mais pour ça, je crois que tout le monde souffrant de déréalisation a le trouble d’anxiété généralisée). J’étais persuadée que c’était le cannabis qui était resté dans mon sang ou dans mon cerveau. J’étais sûr que je devenais tranquillement schizophrène. Je ne savais vraiment pas ce que j’avais et ça empirait mes crises de panique et mon état.

Mes crises de panique était accompagné d’une DÉPERSONNALISATION intense : on ne se sent qu’une tête, le corps ne nous appartient plus ; comme dans la déréalisation, tout devient inconnu, perdant tout son sens ; même les gens qu’on croit connaître, on ne pense plus vraiment les connaître ; on se sent vide et sans vie ; il ne nous reste que la pensée,mais il n’y a plus aucune émotion ou état de contact avec la réalité qui nous appartient.

Je ne savais plus qui j’étais ce que je faisais sur terre. Ce qui me passait par la tête durant ces 4 minutes de panique se résumait à ’’QUI SUIS-JE, OÙ SUIS-JE, QU’EST-CE QUE JE FAIS ICI, OÙ DOIS-JE ALLER, QU’EST-CE QUI SE PASSE, JE VAIS MOURIR’’… vraiment traumatisant.

Je suis allée voir l’éducatrice en prévention de la toxicomanie, car je croyais avoir des séquelles au cerveau dus au cannabis, mais elle m’a juré que ça ne pouvait pas être ça.

Des spécialistes et des gens ont commencé à m’expliquer que je souffrais d’anxiété et rien d’autre. Mais comme je ne connaissais pas de nom à ce problème j’éclatais continuellement en sanglot en disant : ’’Mais ma VUE, ma VUE, n’est pas normale, ça ne se peut pas que ce soit SEULEMENT de l’anxiété, je n’y crois pas, il y a AUTRE CHOSE’’.

Je pensais probablement avoir à rencontrer des psychiatres, pour soigner ma schizophrénie (car j’étais persuadé que c’était ça et rien d’autre)… même si tout le monde sait bien qu’un schizophrène ne se demande pas s’il y est schizophrène. 
 
J’ai fini par rencontrer mon médecin, qui m’a référé à une psychothérapeute spécialiste en anxiété. Je n’y croyais pas, mais j’acceptais toute proposition d’aide. J’étais vraiment en désespoir intense. Ce qui m’a étonné, c’est qu’elle avait de l’expérience en psychiatrie et avec des schizophrène ; alors elle comparait souvent mon cas à la schizophrénie pour me rassurer. J’avais de la difficulté à la croire, mais bon, j’essayais. Elle a commencé à me faire des séance de EMDR : c’est un mouvement avec les doigts (ressemblant un peu a l’hypnose) qui aide a oublier et à accepter les expériences traumatisantes du passé. Après chaque séance, il m’arrivait d’oublier la déréalisation, mais ce n’était pas long avant que ça recommence. C’est elle qui a trouvé un nom à mon problème, même si j’avais déjà fait quelques recherches sur internet. Elle a confirmé que je souffrais d’un trouble dissociatif, mais bon, elle affirmait que je ne deviendrait jamais folle et que ce n’était pas quelque chose qui laissait des séquelles au cerveau, ni un début de schizophrénie.

Sinon, au quotidien, j’avais toujours cette sensation de film ou de rêve 24h/24h. Difficulté à communiquer, car je me sentais bizarre et différente d’avant. Je ne voulais pas qu’une autre personne le réalise et ne veuille plus me parler à cause de ce changement. Je me posais MILLES ET UNE questions, j’analysais tout ce que je voyais, l’attitude des gens, comment ils s’assoient, bougent et parlent, le sens des choses et de la vie, DU POURQUOI DU COMMENT, etc. Tout passait par l’analyse, je ne réussissais jamais à profiter du moment. J’analysais TOUT ET N’IMPORTE QUOI (un peu encore aujourd’hui, mais en moins obsessionnel).

Comme je pensais continuellement à quelque chose (analyse, sens de la vie, etc.), j’essayais quelques fois d’arrêter de penser (car ça devenait insupportable), mais tout le monde sait qu’il est impossible d’arrêter de pensée. Mais pour moi, c’était vraiment envahissant. Le seul moyen que je trouvais pour arrêter de penser était de me rentrer une chanson dans la tête. Quand je voulais arrêter de penser à mon problème, je devais absolument chanter dans ma tête ou à voie haute, sans quoi je recommençais à tout analyser.

Par la suite, j’ai commencé une angoisse devant le miroir. Je n’arrivais plus à associer ce que je voyais avec ce que j’étais, comme si je voyais le corps que j’ai toujours eu, mais que maintenant je me sentais PLUS que ça, comme si j’avais vieilli intérieurement, trop rapidement. Ça me foutait la trouille, je croyais encore que je devenais folle, même que des fois ça pouvait partir en attaque de panique.

Ma psychothérapeute m’a rassurée, en me disant que c’est dû au changement de point de vue par rapport à la vie et parce que j’avais beaucoup appris sur moi en peu de temps.

Par la suite, j’ai rencontré un médecin-psychiatre, qui a aussi affirmé que c’était un trouble anxieux et que la déréalisation à long terme était due à un état de panique TROP constant. Comme si le fait d’être en panique constamment, nous faisait TOUT analyser. Alors cette espèce D’HYPERSENSIBILITÉ à tout finit par changer notre vue pour être capable de mieux tout analyser… ce qui se résume à un cercle vicieux très souffrant. Elle m’a prescrit des antidépresseurs ; j’ai commencé avec 50 mg et aujourd’hui et je suis à 150 mg. On a augmenté tranquillement. A partir du moment où je suis arrivée à 75 mg, les attaques de panique ont disparu. Arrivée à 100 mg, je commençais à oublier quelques fois la déréalisation, mais dès que j’y pensais elle revenait. Ensuite, à 125 mg, tout est parti.. Je ne me souviens pas d’un moment précis où tout s’est arrêté, mais l’anxiété et la peur d’avoir peur étaient moins présentes. C’est comme si j’avais finit par oublié cette espèce d’hypersensibilité. Faut dire qu’il y avait ma psychothérapeute derrière tout ça qui m’écoutait et me rassurait une fois par semaine.

Aujourd’hui (à 150 mg) je suis encore anxieuse. J’ai peur pour rien, j’ai des moment de déréalisation, souvent lorsque je marche vite (stress plus expérience du badtrip). Mais grâce au truc de ma thérapeute, je réussis à me ramener à la réalité… ou encore juste à me rassurer, même si la déréalisation reste quelques minutes. Je me rappelle intérieurement durant ces moment, que ce n’est pas quelque chose de dangereux, que OUI c’est désagréable et éprouvant, mais que ça va passer et que c’est du à l’anxiété. Ce n’est pas un trouble de folie. Toutes ces petites phrases auto-rassurantes m’aident a passer au travers durant les moments les plus durs. Mais sinon, en général, c’est fini. Je vis maintenant dans une réalité assez commune. C’est sûr que maintenant que je sais ce que mon cerveau peut faire, je ne vis plus ma vie comme avant, mais je suis heureuse d’être passée par cette expérience et d’en avoir appris autant.

GARDEZ ESPOIR, ÇA VA PASSER !!!

De mon côté, je vais avoir besoin d’un an de thérapie avec un spécialiste avant d’arrêter l’antidépresseur.


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